La profession d'avocat mute. Vite. Peut-être même trop vite pour une partie de ceux qui l'exercent.
En 2024, 62% des avocats français déclaraient utiliser l'IA générative dans leur pratique quotidienne. En deux ans, on est passé de "ChatGPT, c'est quoi ?" à "Tu utilises quel prompt pour tes conclusions ?". L'adoption s'est faite par le bas, par l'usage, par nécessité. Les avocats n'ont pas attendu qu'on leur dise de s'y mettre. Ils s'y sont mis.
Mais dans le même temps, 75% de ces mêmes avocats estiment leur cabinet "peu avancé" sur l'IA.
C'est le paradoxe français : on utilise massivement un outil qu'on ne maîtrise pas vraiment.
On bricole. On tâtonne. On apprend sur le tas, entre deux dossiers, souvent seul devant son écran.
Et pendant ce temps, que font les écoles d'avocats ?
Pas grand-chose.
Sur 15 EDA en France, seules 2 intègrent l'IA de manière structurée dans leur cursus. Les 13 autres oscillent entre conférences de sensibilisation et silence radio. Un élève-avocat peut aujourd'hui obtenir son CAPA — le sésame pour exercer — sans avoir jamais ouvert un outil d'IA juridique dans un cadre pédagogique.
On forme des avocats pour un monde professionnel qui n'existera bientôt plus.
Le décalage est vertigineux. D'un côté, une technologie qui transforme le métier en temps réel : recherche, rédaction, analyse contractuelle, due diligence, relation client. De l'autre, un système de formation qui débat encore de savoir s'il faut "sensibiliser" à l'IA.
Ce n'est plus de sensibilisation
dont les futurs avocats ont besoin.
C'est de maîtrise.
L'avocat qui passe le CAPA en 2026 exercera jusqu'en 2060. Quarante ans de carrière devant lui. Quarante ans pendant lesquels l'IA va continuer d'évoluer, de s'intégrer, de redéfinir ce que "faire du droit" signifie. Et on l'envoie sur le marché sans lui avoir appris à utiliser les outils qui transforment déjà sa profession.
C'est comme former des chirurgiens sans leur montrer un bloc opératoire.
En espérant qu'ils apprendront sur le terrain.
Cette étude dresse un état des lieux. Elle analyse ce qui se fait dans les 15 écoles d'avocats françaises. Elle compare avec nos voisins allemands et britanniques. Elle décortique les évolutions réglementaires du CNB et les initiatives récentes.
Le constat n'est pas réjouissant. Mais il est nécessaire.
Parce qu'on ne peut pas transformer
ce qu'on refuse de regarder en face.
Seules 2 EDA sur 15 (EFB Paris et IXAD Lille) intègrent l'IA de manière structurée dans leur cursus obligatoire
9 EDA n'ont aucun module IA identifié dans leur programme 2024-2025
Le plan national CNB/Skilia (avril 2025) a atteint 10 000 inscrits en 2 mois mais reste une formation volontaire
Aucune obligation de formation IA n'est prévue dans le cursus initial CAPA, ni dans les réformes 2023-2026
L'Allemagne (Bavière) et le Royaume-Uni (King's College) sont en avance sur l'intégration structurée
L'étude a analysé les programmes officiels 2024-2025 des 15 CRFPA français, les sites institutionnels, les actualités et communications des écoles, ainsi que les partenariats avec les acteurs legal tech.
Le constat est sans appel : sur 15 écoles formant les futurs avocats français, seules 2 ont fait le choix d'intégrer l'IA dans leur tronc commun. Les 13 autres oscillent entre initiatives ponctuelles et absence totale de formation dédiée.
LAB EFB avec 15h e-learning + ateliers pratiques IA générative, Parcours Talent & Innovation, Pitch Days semestriels (300 projets/an en partenariat LexisNexis). Plus grande école d'Europe (1 750-1 900 élèves/promotion).
Module obligatoire « Outils numériques & IA » depuis 2024, intégration complète dans le tronc commun.
L'EFB concentre à elle seule près de 40% des élèves-avocats français. Son positionnement sur l'IA a donc un effet de masse significatif — mais cela signifie aussi que 60% des futurs avocats se forment dans des écoles où l'IA reste marginale ou absente.
Partenariat École 42, modules MAPP Culture Digitale & Droit, accès DU Paris II Transformation numérique
Conférences IA et déontologie, sensibilisation sans module dédié
6 parcours formation dont numérique/innovation, régime alterné généralisé (95% élèves)
Sensibilisation legal tech dans modules transversaux
Ces quatre écoles ont amorcé une réflexion, mais on reste sur de la sensibilisation. Pas de pratique, pas de maîtrise d'outils. La différence avec un élève-avocat qui se serait formé seul sur YouTube ? Marginale.
EDA Aliénor (Bordeaux), EFB Sud-Ouest (Toulouse), ERAGE (Nancy), EDA Centre-Sud (Clermont-Ferrand), EDASE (Lyon), EDA Grand-Est (Reims), EDA Montpellier, EDA Caen, EDA Nantes.
Un élève-avocat formé à Toulouse, Lyon ou Bordeaux en 2025 peut obtenir son CAPA sans avoir jamais touché à un outil d'IA juridique dans un cadre pédagogique. Dans un marché où 62% des avocats utilisent déjà l'IA générative (enquête CNB 2024), c'est un décalage qui interroge.
| École | Effectif | Niveau IA | Format |
|---|---|---|---|
| EFB Paris | 1 750-1 900 | ✅ Structuré | LAB EFB, e-learning 15h |
| IXAD Lille | ~400 | ✅ Structuré | Module obligatoire 2024 |
| HEDAC Versailles | ~350 | ⚠️ Ponctuel | Partenariat École 42 |
| EDARA Aix | ~300 | ⚠️ Ponctuel | Conférences |
| EDAGO Rennes | ~250 | ⚠️ Ponctuel | Parcours innovation |
| EFACS Strasbourg | ~200 | ⚠️ Ponctuel | Sensibilisation |
| 9 autres EDA | ~3 500 | ❌ Non identifié | — |
En volume : environ 2 150 élèves-avocats/an bénéficient d'une formation IA structurée (EFB + IXAD). Environ 3 850 n'en ont pas — soit près de 65% de chaque promotion.
Face aux lacunes du cursus obligatoire, un écosystème de formations complémentaires s'est développé. Ces DU et certificats permettent aux élèves-avocats motivés de combler le vide — mais à leurs frais et sur leur temps personnel.
Direction : Bruno Deffains (économie) + Stéphane Baller
Public : Étudiants M1/M2, écoles ingénieurs, écoles avocats, juristes entreprise
Format : 120-160h, mixité profils juristes/ingénieurs, projet legaltech présenté au Village de la Legaltech
Contenu : IA, blockchain, big data, cloud, économie numérique, PI, smart contracts
Partenaires : AFJE, Lefebvre Dalloz, De Gaulle Fleurance, HEDAC, Doctrine, Septeo
Ce DU existe depuis 2016 — soit avant ChatGPT, avant la vague IA générative. Il a été précurseur. Mais après 9 ans d'existence, il reste une formation de niche, non intégrée au cursus standard.
Montpellier mérite un focus particulier. La ville s'est positionnée comme pôle legaltech du Sud, avec un écosystème complet : formations, acteurs majeurs, événements.
La ville concentre un écosystème legaltech dynamique (Septeo, LegalPlace, formations universitaires reconnues)... mais l'EDA Montpellier elle-même n'a pas de module IA identifié dans son cursus. L'innovation se fait à côté de l'école, pas dedans.
Side Quest, société du groupe Zevra, propose des formations pratiques intensives en IA, no-code et développement spécialement conçues pour les juristes et avocats.
Formations pratiques pour maîtriser l'IA générative et automatiser vos workflows juridiques
Créez vos outils sans coder avec Make.com, Airtable et autres plateformes no-code
Développement assisté par IA : transformez vos idées en applications fonctionnelles
Formations courtes, bootcamps intensifs ou accompagnement sur-mesure
« L'IA pour juristes d'entreprise et avocats », 12h (9h classes virtuelles + certification), accessible France/Belgique
IA générative et pratique juridique (Efrei + Paris-Panthéon-Assas), lancement 2024
1 000 avocats formés (Me Patrice Humbert, Me Cédrine Raybaud)
Formation certifiante IAG avocats (prompt engineering, automatisation no-code, RGPD/AI Act)
Comment se positionnent nos voisins ? L'analyse révèle des approches différentes — mais un point commun : nulle part l'IA n'est obligatoire dans la formation initiale des avocats. La différence se joue sur la dynamique d'intégration.
La Bavière fait figure de laboratoire allemand sur l'IA juridique.
L'approche par Länder permet l'expérimentation. La Bavière teste, les autres observent. Si ça fonctionne, ça se généralise. Un modèle que la France, avec ses 15 EDA autonomes, pourrait théoriquement reproduire — mais qui ne s'amorce pas.
Begleitstudiengang « Rechtsfragen KI » (2 semestres)
Minor « Artificial Intelligence » avec Python
Séminaire « KI in anwaltlicher Praxis » (SoSe 2025)
King's College a pris une longueur d'avance notable en janvier 2025.
La formation ne suffit pas. Ils donnent accès aux outils. Un étudiant en droit à King's manipule Harvey et Luminance pendant sa formation. Un élève-avocat français moyen n'a jamais ouvert ces outils.
PGDip AI and the Law (£7K home / £11K overseas)
LLM Technology, AI and Legal Services
Solicitors Qualifying Examination : pas de module IA obligatoire
La Belgique francophone est dans une situation comparable à la France : pas d'obligation, offre privée dispersée.
⚠️ En retard
✓ En avance
✓ En avance
⚠️ Similaire à la France
Aucun pays européen n'a rendu l'IA obligatoire dans la formation initiale des avocats. La différence se fait sur la vitesse d'intégration volontaire et l'accès aux outils. Sur ces deux critères, la France est en retard.
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27-29 mars 2026 • Bourg-sur-Gironde
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"
Ce n'est plus de sensibilisation dont les futurs avocats ont besoin.
C'est de maîtrise. "
Le CNB a engagé plusieurs réformes entre 2023 et 2026. Aucune ne concerne directement l'obligation de formation IA. Voici ce qui change — et ce qui ne change pas.
L'arrêté du 20 juin 2024 (JO 23 juin) modifie substantiellement les épreuves du CAPA, applicable aux élèves-avocats débutant leur formation au 1er janvier 2025.
Ce qu'on peut noter : La réforme CAPA 2026 modernise les épreuves mais reste muette sur l'IA. La langue étrangère devient facultative, l'IA reste absente. Question de priorités.
L'AG du CNB du 11 avril 2025 a voté à l'unanimité l'introduction du contrat d'apprentissage pour les élèves-avocats, entrée en vigueur au 1er janvier 2026.
En avril 2025, le CNB et Lefebvre Dalloz ont lancé un plan national de formation à l'IA pour la profession. C'est l'initiative la plus visible — mais elle reste volontaire.
10 000 inscrits sur 84 000 professionnels éligibles = 12% de taux d'adoption en 2 mois. C'est un signal positif sur l'appétence. Mais Skilia reste du e-learning généraliste. On apprend ce qu'est l'IA, pas comment l'utiliser concrètement dans sa pratique.
⚠️ CONSTAT CLÉ
Aucune obligation de formation IA n'a été identifiée dans le cursus initial CAPA, ni dans les réformes 2023-2026. La formation IA reste volontaire et complémentaire (initiatives EDA, plan Skilia optionnel).
Les recherches menées sur LinkedIn, forums spécialisés et presse juridique n'ont pas permis d'identifier de témoignages publics d'élèves-avocats concernant les formations IA des EDA (EFB, HEDAC, etc.).
Ce silence est en soi une donnée. Soit les formations n'existent pas vraiment, soit elles n'ont pas suffisamment d'impact pour générer du bouche-à-oreille.
Thème innovation et IA, table ronde avec CNB/ENM/universitaires, ateliers pratiques (Lefebvre Dalloz, Lexbase, LexisNexis, Septeo). Expression des élèves-avocats prévue au programme.
62% des avocats utilisent l'IA, 75% s'estiment peu avancés, et les écoles ne forment pas. L'adoption se fait malgré le système de formation, pas grâce à lui.
La formation IA reste marginale et volontaire dans le cursus initial des avocats français (2 EDA sur 15 avec intégration structurée).
Le plan national Skilia massifie l'accès mais propose un format e-learning générique, sans pratique approfondie.
L'Allemagne et le Royaume-Uni sont en avance sur l'intégration institutionnelle (Bavière, King's College).
Aucune obligation réglementaire n'est prévue à court terme dans le cursus initial.
L'écosystème Montpellier émerge comme hub legal tech du Grand Sud.
40 ans de carrière
Les écoles le forment avec un programme qui ne mentionne pas l'IA — alors que l'IA transforme déjà le métier. C'est comme former des comptables en 2025 sans mentionner Excel.
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Sites officiels des 15 EDA françaises, CNB (cnb.avocat.fr), Légifrance, Village Justice, Dalloz Actualité, Dalloz Étudiant, Lefebvre Dalloz, Paris II Panthéon-Assas, Université de Nîmes, Université de Montpellier, Bucerius Law School, King's College London, Legal Services Board UK, Bayerisches Staatsministerium der Justiz, EDHEC, presse spécialisée française et européenne.
Étude réalisée pour Zevra — Janvier 2026